Tuesday, 26 April 2011

La troisième pacification de la Côte d’Ivoire

Par THÉOPHILE KOUAMOUO

Dans son dernier discours à la Nation, Alassane Dramane Ouattara a évoqué la “pacification” de la Côte d’Ivoire, qui devrait intervenir dans les deux mois qui viennent. Ce concept de “pacification”, de nature fondamentalement militaire, me semble plus juste pour décrire la situation actuelle du pays d’Houphouët-Boigny que celui, menteur, de réconciliation. Il nous ramène à l’histoire de ce pays, et à deux périodes qui l’ont fondamentalement structurée.

Au début du vingtième siècle, la première pacification est menée par le gouverneur Gabriel Angoulvant. Après la conquête de la nouvelle possession de l’Empire français, il a engagé la “mise au pas” de ses structures locales de gouvernement, brisant les chefferies indociles, destituant les roitelets revêches, punissant collectivement les ethnies rebelles. Au final, le territoire tout entier s’est soumis à l’occupant, ce qui a rendu possible son exploitation économique dans la plus grande quiétude.


La “seconde pacification” de la Côte d’Ivoire, qui est en partie le sujet de la thèse de l’étudiant Laurent Gbagbo – soutenue en 1979 à l’Université de Pairs VII – est rendue nécessaire par le “désordre” et la “contestation” nés du bouillonnement politique d’avant l’indépendance. Elle se déroule dans les années 1950 et 1960. Le parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, défie l’ordre colonial, de Treichville à Dimbokro. Prenant acte de la force de la répression, Houphouët décide de “composer”. Il s’implique dans la grande opération de nettoyage politique qui vise les “extrémistes” de son propre camp, qui sont éliminés politiquement ou éliminés tout court. Pour empêcher toute compétition politique – et protéger le nouveau pacte franco-ivoirien -, il installe, comme ailleurs en Afrique, un système à parti unique. Comme Angoulvant, il mate les groupes ethniques rebelles, puis a l’intelligence de créer un système rassurant pour tous. Cette pacification terminée, l’exploitation économique néocoloniale peut commencer.

Monday, 25 April 2011

La Licorne contre Gbagbo: impensable en Afrique australe

Par Jérémie Ncubé

Une intervention militaire étrangère est un scénario inconcevable en Afrique australe. Même le régime de Robert Mugabe est jugé digne de mansuétude.
Laurent Gbagbo avec Jacob Zuma, envoyé à Abidjan pour tenter de résoudre la crise
Ce qui s'est déroulé en Côte d'Ivoire –à savoir l'installation par la force d'un Président par l'ancienne puissance coloniale– aurait été inimaginable en Afrique australe. Même si leur mansuétude à l'égard des dérives du président zimbabwéen Robert Mugabe leur a valu des critiques, les Etats de cette région ont payé trop cher leur émancipation pour accepter une intervention militaire occidentale.

En Afrique de l'Ouest, aucun gouvernement n'a protesté contre l'intervention militaire française en Côte d'Ivoire, dont l'unique but était de débarquer Laurent Gbagbo pour installer Alassane Ouattara, Président reconnu par la communauté internationale et la Commission électorale indépendante. Les rares qui se sont exprimés, comme le Sénégalais Abdoulaye Wade, ont salué cette opération. Il faut dire que, dès la proclamation de la victoire de Gbagbo par le Conseil constitutionnel le 2 décembre 2010, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait joint sa voix à la France, à l'Union européenne et aux Etats-Unis pour demander au chef de l'Etat ivoirien sortant de quitter le pouvoir. La Cédéao avait même envisagé une intervention militaire régionale qui n'a jamais eu lieu, faute de consensus. L'organisation ouest-africaine a donc laissé à la France, ancienne puissance colonisatrice, le soin de faire le travail à sa place, sous couvert d'une résolution onusienne très largement interprétée.

Enlevé et conduit au Golf hôtel, AFFI Nguessan livré à la bastonnade par Alassane Ouattara

Exaction Des forces pro-ouattara contre l'ex-gouverneur de la BCEAO

Avec d’autres cadres, Pascal Affi N’guessan avait trouvé refuge à l’hôtel pergola, sous protection onusienne pour se soustraire aux brimades des troupes d’Ouattara qui sévissent dans la capitale contre les proches du président Gbagbo. Finalement Alassane Ouattara a décidé que l’ancien premier ministre n’échappe pas à la loi de la bastonnade appliquée à tous les prisonniers du Golf y compris le Président GBAGBO et son épouse Simone. 

Le monde entier a pu voir Michel, son fils, ensanglanté et jean Jacques Béchio, son conseiller spécial sous les coups de pied dans les couloirs de « l’Hôtel-palais ».Désiré Tagro lui y a laissé la vie ! Enlevé vendredi puis conduit au Golf Hôtel pour avoir accordé une interview à des médias, Affi N’guessan a été sévèrement passé à tabac. 

Saturday, 23 April 2011

Déclaration du FPI lue par le président Pascal AFFI N'guessan avant son aggression et sa déportation à l'hôtel du Golf

Déclaration du Front Populaire Ivoirien (FPI)   (Le parti du Président Laurent GBAGBO)

Pendant la lecture de cette déclaration, le  Président  du Front Populaire Ivoirien (FPI) l’ex Premier-Ministre Pascal AFFI N’GUESSAN a été battu, enlevé et déporté manu militari à l’Hôtel du Golf (QG d’Alassane OUATTARA).

Déclaration du FPI

La situation sociopolitique dans notre pays a été marquée cette semaine par deux faits majeurs :
·                   Les tentatives des nouvelles autorités pour remettre en marche la machine économique et sociale ;
·                   Le processus de légitimation du nouveau régime à travers le ballet des Présidents et Chefs d’Institutions.

Vivement préoccupés par la persistance de l’insécurité et dans le souci de contribuer à la normalisation rapide de la vie politique, économique et sociale du pays, le Front Populaire Ivoirien (FPI) et La Majorité Présidentielle (LMP), par ma voix, estiment indiqué :
·                   de faire le point de la situation sociopolitique nationale ;
·                   d’analyser le processus de légitimation institutionnelle entrepris par le nouveau régime;
·                   d’évoquer la nécessité d’une solution politique de sortie de crise.

SITUATION SOCIOPOLITIQUE NATIONALE

Presque deux semaines après les douloureux événements du 11 avril 2011, la situation sociopolitique reste marquée par la persistance de l’insécurité et des atteintes aux libertés et aux droits de la personne humaine.

En l’absence des forces régulières de police et de gendarmerie, des combattants armés continuent de sévir dans les différents quartiers d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Chaque jour, il est fait écho d’arrestations arbitraires et de détentions abusives sous le prétexte de la recherche de caches d’armes. Les violations de domiciles sont monnaies courantes et les actes de pillages continuent.

Pour échapper aux exactions, voire à la mort, les cadres, militants et sympathisants du FPI et de LMP vivent depuis plus d’un mois dans la clandestinité, la peur et la précarité, séparés de leurs familles, femmes et enfants. Beaucoup d’entre eux ont pris le chemin de l’exil. A ce jour, plus de dix mille exilés sont enregistrés au Ghana, Togo et Bénin. Le sentiment d’insécurité est renforcé à Abidjan en particulier par la poursuite des combats, notamment à Yopougon et à Abobo où entre groupes d’auto-défense, Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et partisans d’Ibrahim Coulibaly dit IB, on ne sait plus qui attaque qui. Le tout est que les populations fuient les quartiers, abandonnant leurs domiciles aux pilleurs. Ces pillages sont d’une telle ampleur et si systématiques qu’ils apparaissent comme une dimension du plan de conquête d’Abidjan.

Dans ce contexte de violence, l’Etat de droit et les libertés sont étouffés. L’arbitraire règne en maître. Les acquis démocratiques de la longue lutte du FPI sont aujourd’hui menacés. "Notre Voie", le quotidien du FPI ne peut paraître ; les bureaux ont été saccagés, le matériel informatique et technique emporté et l’imprimerie d’un coût de près de cinq cent millions *(500 000 000) FCFA incendiée.

L’opposition est réduite au silence. C’est le règne de la pensée unique dans l’audiovisuelle comme dans la presse écrite et une ambiance de dictature s’installe progressivement sur le pays. Elle alimente la peur et la méfiance des uns. Elle encourage les actes d’agression et d’humiliation perpétrés par les autres. Le pays est divisé : entre les vainqueurs du 11 avril et les autres.

Comment combler cette fracture ? Comment rassembler et légitimer les institutions représentatives à même de restaurer la paix et la cohésion nationales?
La guerre et la violence ont montré leurs limites. Malgré le 11 avril 2011, le pays n’a pas retrouvé la paix ; au contraire les positions se sont radicalisées et la fracture sociale s’est élargie ; il n’y a pas de solution militaire à une crise politique. Mais en même temps, il serait illusoire d’espérer résoudre la crise politique par des arrangements entre Chefs d’Institutions.

DE LA LEGITIMATION INSTITUTIONNELLE

Les visites au Chef de l’Etat, du Président de l’Assemblée Nationale d’une part et du Président du Conseil Constitutionnel d’autre part, remettent au goût du jour les questions initiales de la crise post-électorale que sont la question de la légitimité et celle de la légalité. Les aborder aujourd’hui signifie que le 11 avril ne les a pas réglées. Mais les aborder par le biais des institutions est une illusion ; car ces questions sont d’abord politiques c’est-à-dire qu’elles sont en liaison avec les choix et les déterminations du peuple, avant d’être juridiques et institutionnelles.

C’est pourquoi est d’avance vouée à l’échec, toute solution qui chercherait, comme cela semble se dessiner à l’heure actuelle, à faire l’impasse sur l’ouverture de négociations franches et sincères avec les forces politiques et sociales significatives du pays.
Au demeurant, comment le groupe parlementaire FPI peut-il siéger dans la sérénité et participer activement aux débats de l’Assemblée Nationale alors que sa Présidente est emprisonnée pour des motifs politiques et sans que son immunité parlementaire n’ait été levée ?
Comment le Groupe parlementaire peut-il avoir une oreille attentive au discours du Chef de l’Etat alors que Laurent Gbagbo, Fondateur du parti croupit en prison en un lieu inconnu de ses proches et que cette situation divise le pays ?

Comment le Président du Conseil Constitutionnel peut-il justifier et fonder l’investiture de deux Présidents pour la même élection présidentielle ? etc
En définitive, seule une solution politique issue de négociations et d’un consensus de la classe politique peut permettre à notre pays d’éviter le ridicule et de sortir dignement de cette crise politique.  Sortir le pays de la crise exige courage politique et sens élevé de la responsabilité. Faire preuve de courage politique, c’est regarder la vérité en face et reconnaître que le pays est en crise et que cette crise est principalement d’ordre politique.

Faire preuve de responsabilité, c’est reconnaître que depuis la chute du mur de Berlin et dans les pays en développement et en transition démocratique comme le nôtre, il n’y a pas trente-six mille manières de résoudre une crise politique, mais une seule, celle de la négociation et du dialogue politique. Elle exige humilité, hauteur de vue et ouverture d’esprit, sens de l’intérêt national. Elle exige de la patience ; mais elle est durable si la sincérité et la bonne foi animent les différents acteurs.
En l’occurrence, la solution politique de sortie de crise permettra de restaurer la confiance mutuelle, d’assurer la décrispation de l’environnement sociopolitique et de créer les conditions de la paix, de la sécurité, de la réconciliation nationale et de la stabilité politique.

La solution politique de sortie de crise adressera les questions suivantes liées à :
·         L’ordre public et la sécurité des personnes et des biens ;
·         Au désarmement, au retour des militaires dans les casernes, au rapatriement des mercenaires, etc. ;
·         La sécurité physique, juridique et professionnelle des membres des Forces de Sécurité et de Défense (FDS) loyalistes ;
·         L’adoption d’une solution négociée, dans la dynamique de la réconciliation nationale pour mettre fin aux mouvements armés à Yopougon et à Abobo ;
·         La réinstallation des déplacés et le retour des exilés ;
·         Le rétablissement des médias d’Etat et le traitement équitable des différents courants d’opinion ;
·         La restauration des acquis démocratiques ;
·         L’adoption d’une loi d’amnistie pour fermer la grande parenthèse et la crise sociopolitique en Côte d’Ivoire et pour poser les jalons de la réconciliation nationale ;
·         La libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques.

CONCLUSION

Terre d’espérance, la Côte d’Ivoire est à genoux, mais elle ne s’est pas encore écroulée. Elle peut et elle doit se relever avec l’engagement de tous ses fils et de toutes ses filles. C’est pourquoi il est impérieux que s’engage ici et maintenant, le dialogue politique et des négociations avec les forces politiques et sociales pour fonder un consensus national pour un nouveau contrat social ; un contrat pour la restauration et pour la réconciliation nationale.
Fait à Abidjan le 21 avril 2011
Pascal AFFI N’GUESSAN
Président du FPI

 NB : 500 000 000 FCFA = 763 000 euros

Thursday, 21 April 2011

Tentative de recolonisation de l’Afrique

Par Freddy Mulumba Kabuayi

Les guerres menées par les armées occidentales en Libye et en Côte d’Ivoire inaugurent une nouvelle forme de recolonisation. L’alibi de la démocratie et de la protection des civils offrent à l’Onu et aux Occidentaux la possibilité de poser déjà les jalons de la reconquête de l’Afrique. Pour deux objectifs précis. Le premier : relance de leurs économies par la prédation des richesses africaines de manière à retrouver une légitimité politique perdue auprès de leurs opinions publiques. Le deuxième : contrôle des ressources naturelles rares face à la montée des puissances émergentes.
Pour comprendre le sens des guerres et conflits entretenus en Afrique par le monde occidental, il est indispensable de s’appuyer sur la thèse défendue dans trois ouvrages. Le premier est rédigé par Samir Amin avec un titre prémonitoire : « Sur la Crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise». Les deux autres ouvrages sont de l’auteur français Jacques Attali, « La crise, et après ? » et « Tous ruinés dans dix ans ? Dette publique : la derrière chance ». Que retenir de ces différentes lectures ?